Chronique: Que celui qui n’ a jamais péché lui jette la première pièrre.

Ce jour- là, Jésus était au Temple en train d’ enseigner au peuple lorsqu’ arriva un groupe de Pharisiens,  qui jetèrent devant lui une femme surprise en flagrant délit d’ adultère .

– La Loi de Moise nous ordonne de la lapider, lui dirent -ils. Qu’ en penses-tu?
Jésus les considéra un moment avant de leur répondre:
-Que celui qui n’ a jamais péché lui jette la première pierre. Jean 8-7
En considérant cette mare qu’ est devenue l’ espace public Sénégalais  et qui exhale des  senteurs tenant plus d’ émanations pestilentielles que d’ effluves de nectar, avec ces énergumènes  qui crient à l’ apostasie, s’irritent, s’ offusquent, excluent et excommunient,  on a juste envie de leur dire:
-Que celui qui n’ a jamais péché, lui jette la première pierre .
Loin de nous l’ idée de  laver  à grande eau le président de rewmi. Bien au contraire. En effet, l’ affaire Idrissa Seck, c’ est comme dans le pub; deux bourdes pour le prix d’une.
 N’ étant pas versé dans les sciences ésotériques et religieuses, je me garderai de toute exégèse concernant Maaka ou Baaka, laissant la justice immanente dire la Charia.
En simple profane, je me pencherai sur la seconde bourde, plus prosaïque certes, mais aux conséquences beaucoup plus dévastatrices et surtout plus immédiates:
 Sa transhumance  inter confrérique.
Car malgré les apparences, ses cogitations coraniques n’ont été qu’un détonateur, la bombe qui a failli nous exploser à la figure, c’ est cette transhumance de Tivaouane à Touba.
Et que Tivaouane n’ a jamais digéré.
La preuve, regardez d’où sont partis les projectiles et surtout, pourquoi l’ affaire a  fini en une poussée de fièvre entre les deux confréries,Mouride et Tidjiane.
Nous sommes loin de ses propos sur Abraham et sur le problème Israelo- Palestinien.
Pourquoi Idrissa Seck, dont l’ appartenance à la communauté Tidjiane est de notoriété publique a -t-il décidé de se faire Mouride et surtout de s’ en vanter alors que s’ il n’ était mû que par la seule foi, il n’ en aurait pas fait la publicité, cette décision relevant du sphère privé et surtout risquant de  frustrer, voire plus, Tivaouane. Comme tous les politiciens de bas étage, uniquement mus par leurs propres intérêts , il a fait un constat tout simple: Touba est un réservoir électoral de premier ordre, tout acquis à Abdoulaye Wade.Or celui-ci n’ est plus candidat à rien du tout. Son fils Karim, qui aurait dû en hérité ne sera pas  candidat  et Macky Sall qui en rêve nuit et jour n’ a aucune chance de la mettre dans son escarcelle. Il a cru que c’ est une aubaine pour lui. Occuper la place vacante, quitte à renoncer à ses croyances, si tant est qu’il croit à quelque chose, car estime t-il , il est politiquement plus rentable de se réclamer de Touba que de Tivaouane.
La sagesse eut pourtant voulu qu’ on lui refusât son acte d’ allégeance dans la capitale du Mouridisme, vu le danger que cela représente quant  aux relations entre les deux confréries dont l’ histoire est marquée par une douce rivalité.Le calcul politique de Idrissa Seck et  surtout ,son absence totale de sincérité ne pouvaient  échapper aux autorités de Touba. Non seulement il n’ en fut rien , mais on s’ en enorgueillit, comme si on venait d’ attraper un gros gibier.
Maintenant Idy est Mouride, et certains  journaux en firent leurs choux gras, créant des frustrations et des ressentiments de l’ autre coté , frustrations dont les ondes de choc se sont propagées sur des milliers de fidèles Tidjianes qui l’ ont vécu comme une trahison.
 S’ adosser à une communauté ethnique ou religieuse pour conserver ou conquérir le pouvoir, quitte à créer des confits ou une guerre civile est monnaie courante en Afrique.
 En Cote d’ Ivoire , Bédié a conceptualisé l’ Ivoirité  pour diviser la population en Ivoiriens de souche ( Bété , Akan, Baoulé  et Chretiens ) et ceux  d’ origine étrangère ( Mossi, Djoula et Musulmans ). La conséquence, c’ est une guerre civile de plus de 7 années, avec des milliers de morts et des millions d’ éprouvés.
Au kenya l’instrumentalisation des ethnies par les hommes politiques ( Mwai Kibaki,  Raila Odinga  et  Uhuru  Kenyatta )  est la cause des centaines de morts lors de chaque élection.
Au Rwanda, la rivalité entre les politiciens hutu et Tutsis fut à l ‘ origine d’un génocide: 1 million de Tutsis tués en 1994.
Nous retrouvons les mêmes cas en Centre Afrique  où  le conflit, à la fois religieux et ethnique ( antibalaka , Séléka…. ), (  Bozizé, Michel Djotodia….) n’ en finit plus, République Démocratique du Congo , Congo Brazzaville… La liste est loin d’ être exhaustive, de ces politiciens qui surfent sur les rivalités ou division de la population pour asseoir leur pouvoir.
Le Sénégal n’ est pas en reste. Par trois fois depuis l’ an  2000, nous connaissons ces alertes de violence ethnique ou religieuse, alors qu’ avec la première alternance,  nous étions tous en droit de nous dire que notre pays venait de basculer définitivement dans la cour des nations démocratiques, donc à l’ abri de ces turpitudes et contingences .
 Décidément, de l’ éclosion démocratique, n’ a pas jailli l’ oiseau de Minerve.
Abdoulaye Wade était conscient qu’il avait peu de chance de remporter les élections de 2012. Alors  acculé , en désarroi, perdu,il  signa un accord avec Béthio Thioune à la veille des élections  et lui confia son destin politique, au mépris total des règles minimales de bon sens et des risques qu’il faisait courir à son pays. Ce qui devait arriver, arriva et ne surprit personne. Désormais maîtres du pays , les thiantacounes se firent confectionner des gourdins et semèrent la terreur et le désarroi dans le pays. Interrogé sur les violences que cette situation risquait d’engendrer , le ministre de l’ intérieur d’ alors, Ousmane Ngom eut un sourire  niais et répondit: ces gourdins ne sont pas des armes blanches, mais des biens culturels. Ce qui était absolument faux. Les gourdins sont des biens culturels pour les Baye Fall. Et ce sont toujours des gourdins qui datent de dizaines d’ années et dont le bois fêlé et en mauvais état en témoigne, au contraire de ceux des Thiantacounes  bien plus gros, neufs et vernis. C’ étaient bien des armes blanches.
Un Ivoirien , dont le pays était encore en guerre civile,  fit un commentaire sur un des sites d ‘ information. Un commentaire que j’ avais archivé. Je vous en livre quelques lignes:
– Vous Sénégalais , vous croyez que vous êtes les plus intelligents de l’ Afrique , maintenant, c’ est votre tour. Vous avez touché corde sensible: ethnie. Votre pays va brûler car Wade est pire que Gbagbo.
  Beaucoup de Sénégalais , votèrent d’ ailleurs pour Macky, non par conviction, mais pour barrer la route à Wade car conscients que s’il remportait les élections, le pays allait verser dans la violence et le chaos.
Aux dérives religieuses de Wade, Macky répondit par des réflexes ethniques. Les premiers à avoir tiré sur la sonnette d’alarme furent les étudiants Sénégalais établis en France , qui dés 2012, c’ est à dire quelques mois après son élection, dénoncèrent  les dérives ethniques  dans l’ ambassade du Sénégal en France. Depuis, tout ceux qui se sont donnés la peine de scruter les nominations de Macky en ont eu la confirmation et n’ont pas été surpris par l’ Affaire Penda Ba, du nom de cette femme qui dans les vidéos postées sur le net insultait les Wolofs et le faisait toujours vêtue d ‘ un tee shirt à l’ effigie de Macky Sall.
  Après Wade et Macky , c’est donc autour de Idrissa Seck de nous faire courir des risques de confrontation inter religieuse. Et ceci à un moment où, avec les réseaux sociaux et les applications, la propagation des messages de haine et d’ appel au meurtre se fait à une vitesse supersonique.
 Croire que nous sommes à l’ abri d’une tragédie, de celle qu’ a connue la Cote d Ivoire , le Kenya, la RDC, le Rwanda, la Centre Afrique, serait  une grave erreur.
Croire qu’on pourra toujours  éteindre le feu après qu’il se soit déclaré,  gràce aux appels au calme des khalifs généraux le serait encore plus.
C’ est au moment où les hommes politiques sèment leurs graines de haine, de division et de discorde qu’il faut intervenir et leur intimer l’ ordre d’ arrêter leur sale besogne.
-Arrêtez de semez vos maudites graines , nous n’ en mangeons pas.
Si par convenance , par intérêt, par calcul ou autre, vous vous abstenez de toute réaction et les laisser semer, arroser, désherber, entretenir leur jardin de mort et de désolation , le jour où les fruits mûriront, personne se sera indemne.
Serigne Mbacke Ndiaye
Ecrivain
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