PROGRESSION NOTOIRE DU CRIME AU SENEGAL

Promotion de la violence dans les téléfilms made-in-Sénégal

La rivalité des téléfilms sénégalais est sans doute axée sur la violence. Dans presque tous les téléfilms la violence est le menu quotidien. Dans ce domaine la compétition est devenue acerbe car les chaines privées s’accordent ces téléfilms pour avoir des publicités. Et comme on le sait c’est le temps de cerveau disponible qui est vendu aux publicitaires. Les spectateurs peuvent voir qu’avant la diffusion de ces téléfilms il y’a un nombre exorbitant de publicités tapageuses. L’on se demande si la violence est le nouveau filon trouvé par les cinéastes sénégalais et quelles sont les conséquences de cette violence banalisée ?

Aujourd’hui les comportements négatifs : agressivité, malhonnêteté, violence sont exposés journellement à travers les médias et dans le cinéma made in Sénégal. Récemment à Keur Massar un homme a tué son enfant de 6ans. On apprend que l’homme en question aurait aussi poignardé son voisin. Pourquoi a-t-il commis cet acte violent ? Visiblement c’est la loi des séries qui frappe notre pays. Par ailleurs les férus des nouveaux téléfilms sénégalais savent que de nos jours la violence est banalisée. Dans presque tous ces téléfilms on fait la promotion de la violence envers autrui. On constate au Sénégal une émergence de la criminalité en concomitance avec les téléfilms qui promotionnent le crime, le sacrifice humain, le banditisme, la corruption. Il semble qu’une vaste campagne de bourrage des cranes est perpétrée à travers ces films. Qui aurait imaginé un enfant égorgé dans la ville sainte de Touba ? Quel est le mobile de ce crime crapuleux? En tout cas cette vague de tuerie et d’enlèvement d’enfant a fini de créer une psychose au sein de la population. S’agit-il de crime organisé par des réseaux mafieux ou par des politiciens ? Rien n’est moins sûr. En tout cas la cruauté ordinaire est visible dans les nouveaux téléfilms aux relents des « télénovelas » nigérianes. Les chaines sénégalaises ont des exclusivités sur des films qui sont en concurrence en matière de violence. Ces films imprègnent dans la mentalité des jeunes de la violence tant verbale que physique. Il y’a une notoire élévation du crime au rang de symbole. Actuellement toutes les séries des chaines privées ont des malfaiteurs dont la marque de fabrique est la cruauté, la violence sur autrui. En réalité ces images constituent des messages subliminaux qui façonnent les esprits et prédisposent à la banalisation de la violence. Sans pour autant citer des séries de ce genre on a pour exemple un film « made in Sénégal » qui montre une organisation mafieuse qui prône le sacrifice humain et qui a fait la promotion d’un jeune qui venait d’être accepté. Durant tout le long de ces séries on peut voir des jeunes qui s’adonnent à des activités criminelles. S’agit-il d’un conditionnement intentionnel ? En tous cas les ingrédients du crime sont exposés; on y retrouve des narcotrafiquants, des meurtriers, des tueurs en séries, des policiers ripoux, des charlatans qui exigent des sacrifices humains. Actuellement on peut constater un déchaînement de la violence mais on se défausse sur les politiciens qui selon la rumeur on recourt à ces pratiques pour acquérir plus de pouvoir. En réalité ces politiciens ne sont que des bouc-émissaires. Ils sont l’arbre qui cache la forêt en quelque sorte en ce sens que les causes profondes de cette montée de la criminalité sont occultées. On nous renseigne que l’homme qui a tué son fils et poignarder son voisin a passé la moitié de sa vie de couple à violenter sa femme sans être inquiété par la justice. En tuant son fils on pourrait en déduire que faute d’être inquiété cet homme est monté en puissance. Il semble que la violence faite aux femmes est intrinsèquement liée à notre culture patriarcale et à la peur de la dénonciation. Les sources de cette violence ne sont guère méconnues plus on s’enfonce en plein cœur du Sénégal plus on sent la toute-puissance de l’autorité paternelle. Force est de reconnaître que les campagnes contre le mariage forcé des filles sont sans efficacité et que ces mariages sont autant de violence contre les filles qui n’osent pas défier cette toute puissante autorité. Il nous faut surtout ne pas manquer de voir que la violence appelle la violence. La plupart des filles mariées de forces subissent des violences conjugales car ces mariages ne sont pas marqués du sceau du consentement. Selon Wassyla Tamzali : « La violence commence là où il y a assujettissement de chacun dans un rôle ». En outre ces filles endurent les violences psychologiques, les menaces et intimidations, et les brutalités sexuelles car la pression sociale constitue un engrenage très puissant.
Par ailleurs pour en revenir à nos téléfilms bien chéris par les sénégalais ; il y’a lieu de dire que le cinéma est devenu une caisse de résonance du crime. Les séries en question nous montrent à foison des arrestations, tortures, violences physiques, intimidations, persécutions. On pourrait même se demander : la violence fait-elle vendre ?

Ousseynou P Sangharé

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