Entretien avec Martin EWI sur la Libération par Boko Haram de 82 lycéennes de Chibok

Ces jeunes filles sont les biens les plus chers dont possède Boko Haram

 

Le 6 Mai 2017, le gouvernement Nigerian via un tweet annoncait la liberation de 82 filles de chibok qui ont ete en captivite depuis Avril 2014 par le groupe terroriste Boko Haram.  Comment en est-on arrivé à leur liberation ?

Dans un entretien fleuve, Martin Ewi coordinateur regional de Enhancing Africa’s response to transnational organised crime  (ENACT) pour l’Afrique Australe et au parvant chercheur principal à la Division des menaces transnationales et du crime international de l’Institut d’études de sécurité ( ISS) en Afrique du Sud nous plonge dans les coulisses des nogotiations qui ont conduit à leur mise en liberte. Il revient egalement sur plusieurs sujets relatifs à la lutte contre la nebuleuse Boko Haram sous Mouhamadou Buhari.

 Propos receuillis par Mouhamadou KANE du Courrier Diplomatique 

 

Apres de longues négociations  menées par le gouvernement Nigérian , la croix rouge et le gouvernement Suisse, 82 filles ont été libérées des mains de Boko Haram. Comment expliquez vous que seule une partie des filles a été libérée et  non pas toutes les filles de Chibok en captivité ? Que faut il comprendre par là de la stratégie de négociation de Boko Haram?

Martin EWI : Il y’a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer cela. D’abord, il faut savoir que toutes les filles ne sont pas détenues par un seul commendant. C’est à dire qu’elles ne sont pas toutes avec Abubacar Shekau, le Chef de Boko Haram. Boko Haram est divisé en deux principales factions. Il y’a la faction dirigée par Shekau lui même mais, une autre faction dirigée par Al Barnawi, qui dirige la province de l’Etat Islamique de l’Afrique de l’Ouest. Donc les filles se trouvent entre les deux factions. Ceci étant dit, s’il y’a des négotiations à mener , cela doit se faire avec les deux factions pour savoir combien de filles ils peuvent libérer. Supposons que Al Barnawi a trente filles et Shakeu quarante le premier peut dire que pour le moment il ne peut libérer que 20 et shakau dit qu’il ne peut libérer que 15. Donc c’est à la suite de ces négociations que le gouvernement peut déterminer le nombre de filles qu’il peut libérer. Mais également, cela dépend de ce que le gouvernement peut offrir comme rançon aux terroristes. Les discussions ont butté sur le montant à donner comme rançon. Parceque Boko Haram voulait une somme assez conséquente  que le gouvernement n’etait pas prêt à payer. Ces facteurs expliquent pourquoi le gouvernement n’a pas reussi à obtenir la libération de la totalité des filles mais également pourquoi Boko Haram n’a pa reussi à faire libérer tous les commandants dont ils demandaient la mise en liberté.

Ces 82 filles ont été libérées en échange des membres présumés de Boko Haram détenus par le gouvernement Nigerian. Que sait- on de ces membres de Boko Haram libérés ?

Martin EWI : Leurs noms n’ont pas été dévoilés par le gouvernement. Mais Il s’agit de commendants de hauts niveaux, des stratèges.

Cette concession de la part du gouvernement Nigerian n’est elle pas trop risquée? Ne risque t-on pas d’assister au renforcement du groupe terroriste avec la mise en liberté de ces strateges?

Dans la logique de la lutte contre le terrorirsme ces concessions sont formellement déconseillées. Parceque quand on les libère cela veut dire qu’on leur donne la pleine lalititude d’aller continuer à tuer dès innocents, d’aller continuer a semer la terreur partout dans le pays. Cette demarche est aux entipodes de la lutte contre le terrorisme. Cependant pour des questions morales, avec des parents qui veulent revoir leurs filles et la communauté Internationale qui met la pression depuis des mois sur le gouvernement Nigérian pour la libération des jeunes filles, le gouvernement était obligé de faire fi de certains principes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Le Nigéria n’est pas le premier pays à faire des concessions pour obtenir la libération des otages. C’est une pratique qui se fait un peu partout. On a vu des  presumes terroristes libérés de la prison de Guantena Bay et qui ont continué leurs activités terroristes au Moyen Orientt dans d’autres pays .

Ces jeunes filles sont devenues une armée de négotciation pour Boko Haram. Maintenant que Boko Haram est affaibli, peut on s’attendre à ce que le groupe fasse monter les enchères en vue des prochaines négociations pour la libération des 113 autres filles restantes?

Martin EWI : Ces jeunes filles sont les biens les plus chers que possèdent Boko Haram. Si Boko Haram aujourdhui a une force pour négocier avec le gouvernement Nigerian ou avec la communaute Internationale c’est bien grace aux jeunes filles qu’ils détiennent. Sans ces jeunes filles, je ne pense pas que Boko Haram ait une force pour négocier. Ils n’ont rien à part les filles. Ils ont été beaucoup affaiblis par l’armée Nigériane et la coalition régionale depuis le lancement des opérations .

Peut on espérer leur libération prochaine ?

Martin EWI :Les négociations sont en cours. On ne sait pas encore si elles sont toutes en vie. Le gouvernement est à pied d’oeuvre. Leur libération peut avoir lieu dans les prochaines semaines où dans les prochains mois. Tout dépendra de ce que le gouvernement Nigerian mettra sur la table. Toutefois, Si cela arrivait à se concrétiser, ce serait une grande victoire pour le gouvernement Nigerian.

Ces jeunes filles ont été libérés tout pres de la forêt de Sambissa .Mais en fin Décembre,le President Mumammadu Buhari annoncait en exclusivité que les combattants de Boko Haram ont été  chassés de la forêt de Sambissa. Quelques jours plu tard, leur chef Aboubacar Shekau est monté au créneau pour dementir cette information. Quelle parole croire ? La forêt de Sambissa a t’elle été réellement libérée de Boko Haram ?

Martin EWI : Ils ont ete tout simplement chassés  de l’endroit où ils étaient concentrés . Ils sont toujours dans la forêt mais ne sont plus dans les endroits où ils etaient  au par avant. Cette information était fausse.

 La libération des lycéennes de Chibok semble être la priorité du gouvernement Nigerian, alors que d’autres jeunes filles sont quotidiennement kidnappées et sont utilisées pour perpétrer des attentats terroristes. Comment expliquez vous cette démarche impartiale du gouvernement Nigerian ?

Martin EWI : Cette démarche peut se comprendre dans la mesure où, le Gouvernement à mis  sous pression par la population Nigériane et la communauté Internationale. Des mouvements de soutien à l’instar de bring back our girls avaient reussi à mobiliser toute la communauté Internationale. Cette forte mediatisation du kidnapping a beaucoup exposé les limites du gouvernement Nigerian, vu par nombreux comme faible et incapable de protéger sa population. Quand on voit la façon dont les filles ont kidnapés, c’est vraiment honteux et indigne d’un gouvernement qui se reclame etre la premiere puissance d’Afrique.

Donc, à travers les initiatives entrprises pour faire libérer toutes filles de Chibok, le gouvernement a voulu redorer son blason enfin de prouver aux Nigerians  et à la communaute International qu’ils ne sont pas en crise.

Il est important également de rappeler qu’après le rapt des jeunes filles de Chibook en Avril 2014, Boko Haram a continué à enlever dautres femmes , des filles et jeunes garçons. Amesty Internationale estime que plus de 2000 filles ont été enlevées par le groupe terroriste depuis 2014.

Cependant il faut relativiser cette impartialité dont vous faites allusion. Le gouvernement, paralellement aux jeunes filles de Chibok, a reussi a libérer plus de 2000 personnes aux mains de Boko Haram et parmis eux, des femmes, des filles, et des garcons. L’enlevement des jeunes filles de chibok etant le kidnaping le plus connu au monde,il est tout a fait normal que le monde entier soit au courant dès qu’il ya des filles libérées.

Quel bilan à mi- étape faites vous de la lutte contre Boko Haram sous Buhari ?

Martin EWI : Je pense qu’ils ont fait beaucoup de progrès dans la lutte contre Boko Haram. La libération des 82 filles mêmes étant partielle est à mettre dans le compte d’un des plus grand accomplissement du gouvernement Nigérian.

Les attaques de Boko Haram contre les populations ont sensiblement dimunié comparé à 2015. Maintenant on parle d’une ou deux attaques par semaine alors qu’avant c’etait quasi- quotidien.

Le gouvernement a également reussi à chasser Boko Haram dans tous les territoires qu’ils occupaient en 2015. Et ces succes sont à mettre dans le compte du bilan du gouvernement de Buhari

Je pense qu’aujourd’hui Boko Haram est très affaibli et l’espace qu’il contrôlait a été  sensiblement réduit.  Le bilan à mis étape est acceptable mais il y’a encore beaucoup de défis à relever sur le plan securitaire.

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