Contribution: Vous avez dit djihadistes?

ous ceux qui ont assisté  au procès de l’ imam Ndao sont ressortis  du tribunal la gorge sèche comme s’ ils venaient  de  suivre un film d ‘horreur, d ‘autant que la majorité d’ entre eux étaient  venus avec une opinion toute faite.

 Il y avait les tenants de la théorie de persécution pour qui les accusés sont victimes d’ une injustice de la part de l’ état et ceux de la théorie  du complot pour qui ce procès n’ est que le reflet de la  diabolisation de l’Islam par les occidentaux. Voilé pourquoi avec des convictions taillées dans du marbre, ils étaient venus apporter leur soutien indéfectible aux accusés.  Pour les uns comme pour les autres, le réveil fut douloureux. Car entre-temps, ils ont vu et surtout entendu les principaux intéresses.

  Dehors, les commentaires sont allés bon train et le moins que l’ on puisse dire est que l’ énorme capitale sympathie dont bénéficiaient Ndao  et compagnie a fondu comme une tablette de beurre sous le soleil. Cette désillusion, cette douche froide s’ explique par le fait que les Sénégalais ont une vision fantasmatique d’eux- mêmes: un peuple élu de gens pacifistes par nature et incapables de violence. Ils oublient que le Sénégal n’est en définitive qu’un maillon d’une chaîne, un pays ouvert sur le monde, donc poreux à toutes les influences, qu’ elles soient positives ou négatives. Aussi ont -ils eu du mal à en croire leurs oreilles quand des Sénégalais comme eux , bon teint et qui n’ont même pas l’ excuse d’ être nés à l’ étranger, racontent le plus calmement du monde, comment de leur propre gré, ils ont décidé de se rendre dans le fief de Bokou Haram où ils ont appris à fabriquer des explosifs , à conduire des chars de combat ,à faire exploser des immeubles et des voitures, alors que d’ autres nourrissaient le rêve de partir en Afghanistan, en Libye ou en Syrie  pour faire le djihad. Il y en a même, qui a pris part a deux combats contre l’ armée Nigériane et a dû enterrer un de ses compatriotes tombé sur le champs du déshonneur.  Ils sont ensuite revenus au Sénégal avec beaucoup d’ argent et sont soupçonnés d’ avoir reçu pour instruction de créer une base djihadiste au sud du pays, entre le Sénégal , la Gambie et la Guinée Bissau .Une accusation d’ autant plus plausible qu ‘on ne quitte pas les camps de Bokou Haram aussi facilement d’ autant plus que l’ un d’ eux a reconnu avoir fait un voyage en Gambie et en Guinée Bissau dés son arrivée et surtout après  avoir confié 8 millions à l ‘ imam Ndao.  J’ ai aussi remarqué que tous ceux qui ont été à la barre ont eu besoin d’ un interprète car ils étaient tous analphabètes et n’ avaient eu aucune formation et se débrouillaient dans l’ informel. D’ailleurs quand ils partaient au Nigéria, on leur a payé le billet. Analphabétisme, pauvreté, obscurantisme : le cocktail explosif.
 On l ‘a peut- être échappé belle…pour cette fois.
J’ ai eu la chance ou la malchance d’ avoir été non loin de Grand-Bassam en Cote d’ Ivoire au moment où les djihadistes frappaient la cité Balnéaire. Le bilan fut très lourd, une vingtaine de morts, des dizaines de blessés et d’ importants dégâts matériels . Pendant les jours qui suivirent, Abidjan vécut dans la peur: les lieux de loisir désertés, et les populations qui se terraient chez elles dés la nuit tombée, malgré un maillage sécuritaire encore plus serré avec des forces de l’ ordre partout. Je venais juste alors de finir la rédaction de mon livre et devais l’envoyer  à mon éditeur en France. Je me dis cependant que je me devais d’ajouter un dernier chapitre sur le risque d’ attentat au Sénégal, à la lumière de ce qui venait de se passer d’abord à Bamako, ensuite à Ouagadougou et aujourd’hui  à Grand-Bassam.
Voila ce que j ‘ai écris sur le Sénégal:
La crise économique s’ accompagne toujours d’ un regain d’ intérêt pour la religion. Soit que l’ homme y cherche une paix intérieure qui calme ses angoisses existentielles, soit il pense trouver par des moyens occultes le bonheur auquel il aspire et qu’il n ‘ arrive pas à connaitre par des moyens rationnels.
Ce besoin compulsif des Sénégalais de spiritualisme fait  aujourd’hui de la religion un véritable capharnaüm dans lequel on rencontre le meilleur comme le pire.
Cette floraison ou plutôt cette prolifération de mouvements religieux jusque là inconnus et surtout la facilité avec laquelle ils naissent et s’ épanouissent dans un contexte d’ expansion terroriste et djihadiste dans  le Sahel a quelque chose d’ inquiétant. Les adeptes de ces nouveaux mouvements religieux sont d’ ailleurs facilement reconnaissables à leur port vestimentaire .Ce glissement du code vestimentaire , est-il un simple signe distinctif ou les prémisses d’ un repli identitaire et d’ émergence de forces centrifuges?
Le risque de radicalisation chez les jeunes est une réalité au Sénégal.
Les gouvernements africains  n’ ont aucun moyen d’ empêcher les terroristes de frapper quand ils le voudront et où ils le voudront d’ autant plus qu’ils n’ ont même pas besoin de faire entrer leurs éléments dans les pays visés. Ils n ‘ ont aucune peine à recruter parmi la jeunesse désœuvrée , analphabètes et sans espoir des candidats à une vie meilleure.
Serigne Mbacke Ndiaye
Ecrivain .
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