ACCORD DE PARIS : AMERICA OUT, mais quelle lecture géostratégique ?

« J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris ».  C’est par cette déclaration  on ne peut plus claire et davantage incisive que Donald TRUMP a annoncé hier le retrait de son pays de l’Accord de Paris sur le climat.  Cette décision qui a aussi suscité  une indignation internationale ne fait que confirmer  une donnée qui, par intermittence historique, a ponctué l’évolution des USA : l’isolationnisme. Sous ce rapport, le chauvinisme  trumpien (à bien des égards sujet à contradiction) n’est guère une nouveauté au pays de l’Oncle Sam.

En décidant de se retirer, Donald Trump semble inscrire son action dans une logique de cohérence avec  ses fameux slogans «  america first » ou encore « make america great again ».  Cette tactique politique aura ainsi le don de  lui donner plus de crédit  dans le camp des conservateurs  déjà mal à l’aise à la suite des scandales à répétition qui secouent l’administration Trump depuis quelques mois. Sous ce rapport, le rejet de l’Accord de paris constitue, pour ainsi dire, une sorte de second souffle  destiné  à enrayer la « brèche de honte » causée par les supposées ingérences russes dans la dernière campagne présidentielle. Histoire de retrouver une fierté entachée, malmenée…

Pour autant, peut-on parler d’un recul stratégique pour mieux rebondir dans l’optique de peser davantage sur le jeu international avec plus de visibilité et de cohérence ? S’agit-il simplement d’une posture guidée par des calculs politiques internes enveloppés dans des comptines fallacieuses du genre « les intérêts américains » ? Les jours à venir nous édifieront sans doute sur les réelles motivations du président américain.

En attendant, l’on est tenté d’avancer  l’hypothèse que les USA sont en permanence dans une logique de redéfinition/renégociation de leur hégémonie à l’échelle mondiale. De ce fait,  autant les poussées expansionnistes que les instincts isolationnistes demeurent des  stratégies  d’une visée plus globale qui induit une redistribution de la puissance à l’international. A travers , cette grille d’analyse , le retrait américain de l’accord de paris pourrait être lue comme une tactique destiné à isoler ( et donc à affaiblir) la Chine qui était jusque là un allié de Washington sur le dossier climat. A la suite de Zbigniew Brezinski (cf. Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde), les USA  jouent leur avenir hégémonique dans l’échiquier eurasien ; et de ce point de vue , bousculer l’ « Empire du milieu »  peut justement être à l’origine d’un déséquilibre susceptible de redistribuer les cartes non seulement dans la région mais aussi à l’échelle planétaire. Affaire à suivre…

Modou MBAYE

ANALYSTE POLITIQUE ET CHERCHEUR EN RELATIONS INTERNATIONALES

Titulaire d’un DEA en science politique à l’Universite Gaston Berger ( UGB)

motdoux7284@hotmail.fr

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